DS 21 Pallas du Général de Gaulle : la plus célèbre des voitures ordinaires
Il y a des voitures qui n'ont l'air de rien. Et c'est précisément pour cela qu'elles sont extraordinaires. La DS 21 Pallas de Christophe Godineau est noire, sobre, sans insigne apparent. En apparence, c'est une DS comme les autres, sortie des chaînes de Citroën en octobre 1965, immatriculée le 5 du même mois. Au milieu des années 60, une DS noire dans les rues de Paris, c'est une voiture courante. Personne ne se retourne. C'est exactement ce que l'on recherchait.
Car celle-ci n'a rien d'une DS ordinaire. De 1965 à novembre 1967, elle a servi au général de Gaulle pour ses trajets entre l'Élysée et Colombey-les-Deux-Églises. Elle est, à sa façon, un morceau de la Ve République. Et c'est à Rétromobile 2026, au cœur d'un stand DS entièrement consacré aux voitures présidentielles, que Christophe Godineau nous en raconte l'histoire, avec la fierté tranquille de celui qui sait ce qu'il a entre les mains.
DS présidentielle : la voiture de la discrétion, pas du protocole
Pour comprendre le rôle de cette DS 21 Pallas, il faut d'abord distinguer les deux types de véhicules qui servaient à la présidence. D'un côté, les voitures d'apparat : les grandes limousines de parade, les DS cabriolets de cérémonie, utilisées dans des situations précises, devant les foules et les caméras. De l'autre, les voitures de travail : discrètes, fonctionnelles, invisibles dans la circulation.
« Le général de Gaulle, quand il roulait dans cette voiture, il avait besoin d'une certaine discrétion, à l'inverse des véhicules d'apparat », explique Christophe Godineau. Le fanion n'est pas là en permanence. La cocarde est rangée, sortie uniquement si nécessaire. Une DS noire, au milieu des années 60, c'est une voiture courante. Le chef de l'État peut rentrer chez lui à Colombey, au moins tous les quatre jours selon son habitude bien connue, sans attirer l'attention.
C'est dans ce rôle de véhicule « passe-partout » que cette DS 21 Pallas a accumulé ses kilomètres, entre Paris et la Haute-Marne, faisant le lien entre le Palais de la République et la maison de la Boisserie. Un trajet intime, loin des fastes du protocole.
DS du général : les petits détails qui font la grande histoire
À bord, quelques discrètes modifications trahissent la nature particulière de cet exemplaire. Rien d'ostentatoire, tout de fonctionnel. « Tout d’abord, il y a ce qu'on appelle le porte-flingue », précise Christophe Godineau : l'homme de sécurité présent à bord devait pouvoir protéger le général et son épouse en toutes circonstances.
Deux pare-soleil ont également été installés à l'arrière de l'habitacle, « une commande spéciale à la demande du général », absolument absente du catalogue Citroën, qui a pourtant répondu à la demande de la présidence. De même pour les porte-documents, fixés eux aussi sur mesure : le général travaillait en voiture, déposait ses dossiers, les ressortait, continuait d'exercer le pouvoir entre deux virages. La DS était son bureau mobile, son espace de travail entre deux lieux de la République.
Tout le reste est d'origine, identique à n'importe quelle DS 21 Pallas sortie des usines Citroën. « C'est vraiment un véhicule de série », insiste Christophe Godineau. C'est même là son paradoxe le plus fascinant : la voiture la plus photographiée du stand DS de Rétromobile 2026 est aussi la plus commune dans sa conception. L'histoire, souvent, loge dans les détails.
DS présidentielle aux enchères : Christophe Godineau contre l'Élysée
L'épisode s'ouvre, d'ailleurs, sur une confidence qui résume tout le sel de cette acquisition. « Je savais que j'avais en concurrence l'Élysée. » Christophe Godineau a acheté cette DS à distance, par enchère secrète. « Ce n'était pas un véhicule hors de prix, mais ça faisait une belle somme. » L'Élysée était sur les rangs. Il ne s'est pas donné les moyens. Christophe, lui, si. Il a soufflé la DS du général au nez du Palais. Une anecdote qui, dans le monde des collectionneurs, vaut tous les certificats de provenance du monde.
Ce qu'il découvre ensuite, en revanche, est moins réjouissant. « Quand je me suis aperçu de l'état de ce véhicule, je me suis dit, non, ce n'est pas possible. » La DS a été stockée pendant des années, mal conservée. La corrosion a fait son œuvre, comme elle sait le faire sur ces carrosseries particulièrement sensibles. « Une DS qui ne roule pas, plus que n’importe quel autre véhicule, c'est une DS qui s'abîme. », confirme François Allain. L'hydraulique, la mécanique : tout réclame une attention que les années de sommeil n'ont pas épargnée. C'était une épave. Une épave avec un destin exceptionnel à relever.
DS présidentielle : une restauration sous pression, avec la République pour deadline
Christophe Godineau confie la première phase de la restauration à un garage centenaire de Charente-Maritime. Devis annoncé : un an et demi de travaux. Dans le même temps, il prend contact avec le GSPR (le Groupe de Sécurité de la Présidence de la République), qui souhaite exposer la voiture lors des Journées Européennes du Patrimoine. « Donc, j'ai une échéance face à moi. Une épée de Damoclès. »
Le garage prend du retard. Des problèmes de personnel, des délais qui s'allongent, un artisan finalement seul face à un chantier qui dépasse le calendrier prévu. « Il m'a dit, je vais vous demander un an de plus. J'ai dit, écoutez, ce n'est pas possible. » Christophe appelle alors l'Élysée, tombe sur son contact Jean-Sylvain, qui lui suggère de prendre attache avec l'Atelier des Chevrons, un atelier de restauration bien connu des propriétaires de véhicules Citroën de collection.
Au départ légèrement sceptiques à l'idée d'une DS de plus, leur réaction change du tout au tout dès qu'ils apprennent l'histoire de la voiture. « La DS du général ? On relève le défi. » L'Atelier des Chevrons prend la coordination des différents corps de métier, orchestre la restauration dans les temps, et la voiture est achevée en 2025, juste à temps, ou presque, pour tenir la promesse faite à la présidence.
DS de de Gaulle : les tissus du général, toujours là
La philosophie de restauration de Christophe Godineau est claire, et elle dit tout de sa vision de ce que signifie posséder un tel objet. « Mon postulat, c'était de conserver le plus possible l'authenticité de ce véhicule. » Concrètement, cela signifie que les tissus d'origine de la sellerie ont été conservés, nettoyés, préservés. Un petit accroc sur le dossier du siège conducteur a reçu une discrète pièce, mais la sellerie est bien celle de l'époque.
« Le général et son épouse, Tante Yvonne comme on dit de façon affectueuse, ont vraiment vécu leur voyage entre Paris et Colombey sur ce tissu-là. » Une phrase qui résume à elle seule la nature de cette démarche : il ne s'agit pas seulement de restaurer une voiture. Il s'agit de préserver un témoignage tangible, physique, de ce que fut la Ve République dans ses heures ordinaires. Pneus neufs, peinture refaite, mécanique remise en état : les éléments fonctionnels ont été renouvelés. Mais l'âme de la voiture, elle, est intacte.
DS du général de Gaulle : monument historique, gardien de la République
Dès l'acquisition, Christophe Godineau avait un objectif qui dépassait la simple collection. « Mon objectif, quand j'ai acheté ce véhicule, c'est de faire partager les valeurs du général au travers de ce véhicule et de la montrer au public. » Pour y parvenir, et pour protéger durablement cet exemplaire, il a engagé les démarches nécessaires à son inscription au patrimoine national.
La démarche a abouti. La DS 21 Pallas du général de Gaulle est désormais inscrite au titre des monuments historiques. La commission de la DRAC des Pays de la Loire a même souhaité qu'elle soit classée, un niveau supérieur d'engagement de l'État dans sa protection. « Cette voiture est monument historique. Elle appartient à la France. Moi, je n'en suis que le dépositaire. » Trois phrases qui résument parfaitement la posture de Christophe Godineau : passionné, mais lucide sur la responsabilité que représente un tel objet.
La suite s'est écrite à la hauteur de ce statut. La voiture restaurée a d'abord été reçue à l'Élysée, bien sûr, avant de traverser Paris sous la garde républicaine. Un livre d'or a été ouvert. Les visiteurs y ont consigné leurs souvenirs du général, leurs mots, leur attachement à un personnage qu'ils considèrent comme « un des personnages essentiels de la vie française. » C'était fabuleux, confie Christophe Godineau, avec le même mot répété deux fois, comme si une seule occurrence ne suffisait pas.
L'apothéose est venue à Rétromobile 2026, où la DS 21 Pallas a rejoint un stand entièrement présidentiel : aux côtés de la DS actuelle, de la SM décapotable de parade, et de la DS spéciale commandée par le général pour ses déplacements officiels, elle incarnait la face la plus intime du pouvoir gaullien. « Le véhicule le plus photographié, et pourtant le plus commun », résume François Allain. C'est ça, le sacré paradoxe.
DS et histoire de France : une voiture pour les générations futures
La DS 21 Pallas du général de Gaulle sera encore là demain. Journées Européennes du Patrimoine, expositions à l'Élysée, salons comme Rétromobile : « On reverra certainement cette voiture dans des événements liés à l'histoire de la Ve République », annonce Christophe Godineau. C'est son engagement, et celui qu'il a pris vis-à-vis d'un patrimoine qui, désormais, ne lui appartient plus tout à fait.
« Certains présidents se déplaçaient en scooter, d'autres en DS. Chacun son style et chacun son époque. » La formule fait sourire, mais elle dit quelque chose d'essentiel : les objets du pouvoir sont aussi des révélateurs de caractère. Cette DS noire, sans fanion, sans insigne, sans ostentation, ressemble à celui qui l'a choisie. Un grand homme qui aimait rentrer chez lui à Colombey, loin des ors de la République, dans une voiture que personne ne reconnaissait.
Retrouvez la DS 21 Pallas du général de Gaulle et bien d'autres véhicules d'exception dans le podcast « Un véhicule, Une histoire » de Rétromobile. Pour ne manquer aucun épisode, rendez-vous sur le site de Rétromobile et sur toutes les plateformes de streaming.
