Campbell : une lignée d'aventuriers de la vitesse
Chez les Campbell, on ne se contente pas de rouler vite. On veut aller plus vite que quiconque, et parfois même, plus vite que la raison ne le conseille. Cette obsession traverse deux générations et deux hommes, un père et un fils, unis par le même vertige : celui de la vites absolue.
Né le 11 mars 1885, l'Anglais Sir Malcolm Campbell est l'un des premiers à vouloir apprivoiser la vitesse à une époque où l'automobile invente encore ses propres limites. Ses engins, taillés pour l'exercice, adoptent des carrosseries fuselées et portent tous le même nom : Blue bird, en hommage à la pièce de théâtre L'Oiseau bleu du dramaturge franco-belge Maurice Maeterlinck, découverte au Haymarket Royal Theatre. Sur chaque carénage, l’oiseau magique est peint, comme un talisman. Six voitures, quatre hydroplanes : la légende Blue Bird prend forme, record après record.
Dans les années trente, Malcolm Campbell, fait chevalier par le roi George V, signe l'une de ses réalisations les plus spectaculaires avec la monumentale Campbell-Napier-Railton Blue Bird.
Malcolm Campbell, de la terre à l'eau
Donald Campbell, hériter d'un rêve trop grand
Donald Campbell, né le 23 mars 1921, grandit dans l'ombre immense de son père. Toute son enfance est pétrie des exploits du Blue Bird. Avec Léo Villa, l'ancien mécanicien en chef de Malcolm, il ressort le vieux K4, sans jamais réussir à faire mieux que lui. Comment surpasser une légende ?
Les technologies, elles, ont avancé. Les meilleurs pilotes flirtent désormais avec les 300 km sur l'eau, et un rival se dresse : John Cobb, qui franchit les 320 km/h à bord du premier hydroplane turbo-jet au monde. Quand Cobb se tue en 1952 lors d'une nouvelle tentative de record, Donald vacille, songe à renoncer. Puis se ravise. Ce sera lui, ou personne.
Il jette alors toute son énergie dans la conception d'un nouvel engin, reconnaissable à ses trois flotteurs en aluminium. Propulsé par un turboréacteur, Bluebird K7 doit atteindre 400 km/h.
Son nom vient du Lloyd's Register, où il est enregistré comme le septième appareil de la catégorie Unlimited. Entre juillet 1955 et décembre 1964, Donald Campbell établit sept records du monde sur l'eau avec ce drôle d'oiseau qui ressemble à un hydravion. Rien ne semble plus pouvoir l'arrêter.
Sur terre aussi, il veut désormais inscrire son nom dans le Guinness des Records. Il conçoit Bluebird CN7, aux commandes duquel il connaît sa première vraie frayeur : sur le lac salé de Bonneville, il perd le contrôle à plus de 580 km/h et s'écrase, s'en sortant avec une fracture du crâne. Rien n'entame sa détermination. Le CN7 renaît, repart à l'assaut du lac Eyre en Australie. En 1964, Donald Campbell devient le seul homme à détenir simultanément le record du monde sur terre et sur l'eau. Un exploit inégalé.
Mais un homme comme lui ne s'arrête jamais à temps 444,7 km/h sur l'eau ? Ce n'est pas assez. Il veut franchir la barre mythique des 300 miles à l'heure, 484 km/h, et devenir, une fois pour toutes, l'homme le plus rapide sur l'eau.
Le 4 janvier 1967 : le prix du dernier record
Début janvier 1967, Donald Campbell retrouve le lac de Coniston Water, au nord-ouest de l'Angleterre. Le ministère de la Défense lui a prêté un moteur à réaction Bristol Siddeley Orpheus, et le Bluebird a reçu une nouvelle dérive stabilisatrice. Tout est prêt pour affronter la barrière des 300 miles à l'heure. Seule la météo résiste, retardant les essais jour après jour.
Le 4 janvier, le ciel se calme enfin. Lors de sa première tentative, Donald Campbell frôle les 311 mph (501 km/h), l'espace d'un instant. Il faut désormais confirmer la performance sur un kilomètre. Sans attendre que le lac ne retrouve son calme, il repart. Il ne reviendra pas.
Alors qu'il s'élance à pleine vitesse, le moteur cale. Presque immédiatement, l'oiseau et son pilote s'envoient à la verticale avant de se désintégrer en retombant sur l'eau. Le choc est fatal. L'engin coule aussitôt.
Premier arrivé sur les lieux, le fils Robinson, que Campbell surnommait « Robbie » et dont la famille tenait l'hôtel du coin, racontera à la presse locale une scène glaçante : « Les gants de Donald mais aussi ses chaussures, ses chaussettes, son gilet de sauvetage et l'ours en peluche qui ne le quittait jamais, flottaient à la surface, au milieu de débris. »
Des plongeurs de la marine britannique localisent des éléments de l'épave. Le corps de Donald Campbell, lui, reste introuvable.

Bluebird K7 : une légende remontée des eaux
Il faudra attendre 2001 pour qu'une équipe de plongeurs remonte enfin l'épave du Bluebird K7, puis, deux mois plus tard, le corps de son pilote. Depuis, Bill Smith et une armée de bénévoles ont redonné vie à l'hydroplane, restauré à l'identique. Le 11 mai 2026, près de 70 ans après le premier record en milieu aquatique de Donald Campbell, le Bluebird K7 retrouve de nouveau les eaux Coniston à l’occasion du Bluebird K7 Festival.
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