Maseratti 250F : une silhouette gravée dans la mémoire du sport automobile
Il y a des formes que l'œil ne peut oublier. La Maserati 250F est de celles-là. Long fuseau d'aluminium poli, flancs tendus, nez effilé pointé vers l'horizon : dans les paddocks des années 50, on l'appelait le « cigare ». Un surnom affectueux, presque littéraire, qui résumait à lui seul tout ce que cette décennie avait su offrir de plus pur au sport automobile. Chez Maserati comme chez Ferrari, BRM ou Vanwall, la carrosserie épousait l'air sans le brutaliser. C'était le stéréotype total des années 50, comme le dit Richard Mille avec l'enthousiasme de celui qui n'a jamais cessé d'aimer ces machines.
Collectionneur, fondateur de l'une des manufactures horlogères les plus audacieuses du monde, Richard Mille n’en reste pas moins un passionné d'automobile qui revendique une forme d'incapacité chronique à se séparer de ses voitures. « J'ai toujours acheté des voitures, depuis tout le temps, dit-il avec un sourire. Et j'ai un problème, c'est que je n'arrive pas à en vendre une seule. » Cette Maserati 250F, il la connaît. Il la ressent. Et il sait que pour comprendre ce qu'elle représente, il faut d'abord comprendre l'époque qui l'a enfantée.
Maserati, Orsi et la naissance d'une légende
En 1947, la famille Orsi, qui a racheté Maserati une décennie plus tôt, décide de relancer la compétition en grand. Le défi est immense : s'imposer face à une Scuderia Ferrari en plein essor, dans un contexte de Formule 1 naissante qui attire les meilleurs ingénieurs et les meilleurs pilotes du monde. C'est dans ce contexte que naît, en 1953, la 250F. Conçue par Gioacchino Colombo et Vittorio Bellentani, elle est pensée dès l'origine pour être vendue à des écuries privées, une nouveauté pour l'époque. Son moteur, un 6 cylindres en ligne de 2,5 litres, développant environ 220 chevaux, lui permet d'atteindre les 270 km/h et de s'aligner sur les plus grandes courses du monde.
Mais l'exemplaire possédé par Richard Mille est encore d'une autre nature. Là où la plupart des 250F embarquent un 6 cylindres, celui-ci est animé par un 12 cylindres en ligne. Une architecture à couper le souffle, certes, mais qui apporte également son lot de complexité : plus lourde que sa cousine à six cylindres, elle est également plus exigeante à piloter et plus gourmande. Les pilotes de l'époque lui préféraient souvent la version allégée pour les circuits techniques. Mais en termes de pureté mécanique, de noblesse sonore et de présence brute, rien ne rivalise avec ce 12 cylindre.
Fangio au volant de la Maserati 250F : l'union sacrée de l’homme et de la machine
Si la 250F est entrée dans la légende, c'est en grande partie grâce à un homme : Juan Manuel Fangio. Quintuple champion du monde, cinq titres en sept ans avec quatre constructeurs différents, l’argentin est universellement considéré comme le plus grand pilote de l'histoire du sport automobile, avant même que la Formule 1 moderne n'existe telle qu'on la connaît aujourd'hui. En 1957, au volant d'une Maserati 250F, il signe ce que beaucoup d'historiens considèrent encore comme la plus grande course de l'histoire : le Grand Prix d'Allemagne sur le Nürburgring.
Ce jour-là, après un arrêt aux stands prolongé qui le relègue à plus de 45 secondes des Ferrari de Hawthorn et Collins, Fangio remonte, tour après tour, à un rythme que personne autour de lui ne peut tenir. Il bat son propre record du tour à dix reprises consécutives, dépasse ses adversaires dans les derniers tours, et franchit la ligne d'arrivée en vainqueur à 46 ans. Après cette victoire, il déclare n'avoir jamais autant poussé ses limites de toute sa carrière. La 250F avait trouvé son interprète. Fangio avait trouvé sa machine.
L'exemplaire de la collection Mille a lui aussi connu le contact de ces mains légendaires, en plus de celles de Jean Behra, autre figure tutélaire du sport automobile français de l'époque.
Maseratti 250F : le courage comme seul équipement de série
Monter dans un cockpit de 250F, c'est s'installer dans un autre monde. Le poste de pilotage est d'une rusticité saisissante, surtout quand on le confronte aux vitesses que ces hommes atteignaient. Réservoir à portée de main, volant imposant, commandes lourdes, absence totale d’assistance ou de harnais multidirectionnel… La philosophie de la 250F se résume en quelques mots : un siège, un volant, et quatre pneus. « C'était quand même assez rustique à l'intérieur pour mener ces voitures à des vitesses folles », concède Richard Mille, qui n'en mesure que mieux l'exploit de ces pilotes.
Et la sécurité, dans tout ça ? Elle est quasi inexistante. Pas de cellule de survie, pas de barrière de mousse, pas de système d'extinction automatique. Ils étaient tous en pleine conscience de ce qu'ils risquaient, mais c'était, dit Richard Mille, « cette passion qui était totale ». Ils couraient sous la pluie, dans le brouillard, sur des circuits en partie tracés sur route ouverte, à des vitesses qu'il était impensable d'atteindre pour le commun des mortels. Cette démesure-là, ce courage-là, font partie de ce que la 250F incarne encore aujourd'hui.
Maseratti 250F : quand l’histoire automobile continue sa course
La Maserati 250F de la collection Richard Mille n'est pour autant pas une pièce condamnée à l'immobilité. Elle est éligible au Mans Classic, cette réunion annuelle qui redonne vie aux grandes monoplaces et sport-prototypes d'avant 1979 sur le mythique circuit sarthois. Une éligibilité qui dit tout : cette voiture peut encore courir. Elle peut encore faire entendre ses 12 cylindres dans les virages de la Sarthe, devant un public venu du Japon, des États-Unis, d'Amérique latine, de partout dans le monde.
Car le circuit du Mans, c'est une autre histoire dans l'histoire. Désigné monument préféré des Français en 2023-2024, il fait partie de cette grande trilogie des circuits mythiques avec Monaco et Monza. Le Mans, c'est le mythe total, dit Richard Mille. Et en mai 2026, ce mythe aura un nouveau foyer : le tout nouveau musée du Circuit du Mans, promis pour être le plus beau musée de la course automobile au monde. Sport-prototypes, Formule 1, Indycar, Can-Am, voitures de rallye : tout l'univers de la compétition réuni en un seul lieu, à quelques mètres des virages qui ont vu passer les plus grands.
Richard Mille : la passion n'a pas de limite
Richard Mille l'affirme dès les premières secondes de l'épisode, comme une évidence : « La passion n'a pas de limite. » Ce n'est pas une formule. C'est une philosophie qui traverse toute sa vie, de sa manufacture horlogère à sa collection automobile. « Les montres Richard Mille ne seraient pas ce qu'elles sont sans cet amour de la voiture », confie-t-il. Dans les deux cas, c'est la même quête : la légèreté, la précision, la performance, et la beauté au service de l'extrême.
La Maserati 250F incarne tout cela. Elle est la preuve que l'on peut faire d'une contrainte technique (un 12 cylindres lourd et complexe) une œuvre d'art mécanique. Elle est la preuve qu'une voiture peut traverser les décennies sans rien perdre de son pouvoir d'émotion. Et elle est, entre les mains de Richard Mille, la preuve que les plus belles collections ne sont pas celles qui s'accumulent, mais celles qui se vivent.
Retrouvez la Maserati 250F et bien d’autres véhicules d’exceptions au sein du podcast « Un véhicule, Une histoire » de Rétromobile. Pour ne manquer aucun épisode, rendez-vous sur le site de Rétromobile et sur toutes les plateformes de streaming.
