Loin d'être unique, l'histoire de l'automobile est plurielle et regroupe en réalité une multitude de récits qui unissent passionnés et véhicules d'exception ! Pour mettre en valeur ces histoires hors du commun, Rétromobile vous propose « Un véhicule, une histoire », une série vidéo donnant la parole aux passionnés de tous bords. Au programme de cet épisode : la Bentley T2 "Dimk'Art", une voiture de collection transformée en œuvre d'art par le duo Dimka, composé d'Inca Pagny et Dimitri Gendre, et présentée pour la première fois au grand public à Rétromobile 2026.
Publié le 14 septembre 2026 à 12:28 | Modifié le 14 septembre 2026 à 3:01
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Bentley "Dimk'Art" : une vieille dame anglaise repeinte en rock'n'roll 

La première question que posent presque tous les visiteurs est la même. « C'est pas les Beatles qui avaient une Rolls-Royce comme ça ? » La réponse est oui, effectivement. Et c'est à peu près la plus belle introduction possible pour raconter ce qu'est la Bentley "Dimk'Art" : un art car habité par l'esprit pop, la couleur, la joie, et une certaine idée du respect que l'on peut porter à une icône en la réinventant plutôt qu'en la conservant sous cloche.

Derrière le projet, un duo : Inca Pagny et Dimitri Gendre, qui ont fusionné leurs prénoms pour former Dimka. Deux street artists, graffeurs de formation, amoureux de l'automobile depuis l'enfance, qui ont décidé de ne pas choisir entre leurs deux passions. Leur terrain de jeu habituel, c'est les murs. Avec cette Bentley, ils ont juste décidé que le mur pouvait bouger.

Bentley T Series : une transmission père-fils, un coup de téléphone

 

Tout commence par un appel. Le père d'Inca, passionné de belles anglaises, grand connaisseur de la marque au B ailé pour avoir possédé Continental, Azure et d'autres Bentley au fil des années, tombe sur une annonce. Une Bentley T2, un peu défraîchie, encore en état de marche, au prix cohérent avec son état. Il décroche son téléphone. « Les gars, vous ne peignerez pas sur une Bentley ? »

La réponse ne se fait pas attendre. « Bah ouais, ça serait cool, mais elle est où ? » Elle est là, à portée. Un peu décrépie, mais juste ce qu'il faut. Juste assez vivante pour être sauvée. Juste assez usée pour ne pas faire peur. Le père a trouvé la toile. Le duo a accepté le défi.

C'est cette histoire-là, d'abord, que raconte la "Dimk'Art" : une transmission. Celle d'un amour de l'automobile ancienne, passé d'une génération à l'autre sans s'affadir, et qui prend ici une forme inattendue, colorée, joyeuse. « On a baigné dedans », dit Inca simplement. « Nos pères sont fanatiques de ça. » La passion ne s'invente pas. Elle se reçoit, puis elle se réinterprète.

 

Dimka : cinq ans de complicité, des murs aux carrosseries

 

Inca et Dimitri travaillent ensemble depuis cinq ans. Leur rencontre s'est faite autour des motos, avant qu'ils ne découvrent qu'ils adoraient peindre ensemble. Depuis, ils ont signé des fresques un peu partout dans le monde, avant de porter leur regard sur l'automobile. Une Renault 5 sauvée de la casse, un Range Rover, une Renault 6, un cadre de DAX… La "Dimk'Art" est leur projet le plus ambitieux à ce jour, la voiture la plus chic et la plus chargée d'histoire qu'ils aient jamais transformée.

Leur méthode de travail est celle du street art transposée à la carrosserie : travail à deux, complémentarité des styles, recherche d'un langage visuel commun. « On a découvert qu'on adorait peindre ensemble », résume Dimitri. L'art de Dimka, c'est une addition, pas une moyenne. Sur la Bentley, cette alchimie se lit dans chaque détail : la composition, les couleurs, la manière dont le dessin épouse les volumes d'une carrosserie qui ne ressemble à aucune autre.

 

Dimk'Art : pop art, respect et œuvre d’art en mouvement

 

La référence à John Lennon est assumée, revendiquée, et même savourée. En 1965, le Beatle avait confié sa Rolls-Royce Phantom V à un carrossier pour la faire peindre en jaune vif, avec des motifs floraux psychédéliques. Le résultat avait scandalisé Rolls-Royce et fasciné le monde entier. Soixante ans plus tard, Dimka s'inscrit dans cette même filiation, celle des artistes qui voient dans l'automobile de luxe non pas un objet sacré mais une surface d'expression, un support à la hauteur de leurs ambitions.

Mais le respect, ici, n'est pas un mot vide. « On respecte l'historique, et même le côté folklore aussi de la voiture », insiste Inca. La "Dimk'Art" n'a pas été défigurée. Elle a été habitée. L'œuvre dialogue avec l'objet plutôt qu'elle ne l'efface. Et si certains visiteurs anglais pouvaient légitimement se sentir bousculés par ce traitement infligé à l'une de leurs icônes nationales, la réaction du public de Rétromobile a rapidement dissipé toute inquiétude.

« Je pensais vraiment qu'on allait se faire un peu allumer », confie Inca. Il n'en a rien été. « Les gens, ils kiffent. Même ceux qui disent : je ferais pas ça sur ma bagnole, mais putain, que c'est beau. » Chaleur, sourires, photographies : le stand Dimka a été l'un des plus photographiés de Rétromobile 2026. Une Bentley qui faisait rire, qui faisait parler, qui faisait du bien. L'art, parfois, c'est aussi simple que ça.

 

Rétromobile 2026 : un premier salon, un stand en immersion totale

 

Pour Inca et Dimitri, Rétromobile 2026 était une première. Et ils n'y sont pas allés à moitié. Le stand Dimka n'était pas seulement une voiture exposée sur un bout de moquette : c'était une invitation dans leur univers. Des téléviseurs anciens aux écrans de couleur, des tapis persans, un miroir au plafond pour jouer avec la profondeur, des éléments de leur atelier disposés autour de la voiture comme autant de repères d'un monde cohérent, habité, personnel.

« On a réussi à amener un peu de notre vie, notre studio, notre atelier », dit Inca. L'idée était de ne pas séparer l'œuvre de ceux qui l'ont créée, de donner à voir non seulement le résultat mais le processus, l'environnement, la sensibilité. Un stand qui ressemblait à ses auteurs : généreux, coloré, sans frontière entre l'art et la vie.

François Allain le dit avec la conviction de celui qui a parcouru toutes les allées du salon : « Rétromobile, c'est aussi des jeunes artistes comme vous. Ce n'est pas qu'un salon de très vieilles voitures. Il faut qu'il y ait de tout. » La "Dimk'Art" incarnait exactement cela : la preuve que le monde de la voiture de collection peut s'ouvrir, se réinventer, accueillir de nouvelles voix sans renier ce qui fait son âme.

 

Dimk'Art : de Rétromobile au Prince de Monaco

 

Rétromobile n'était que le début. Après le salon, la "Dimk'Art" a continué sa vie avec la discrétion d'une œuvre qui n'a pas besoin de chercher les projecteurs pour les trouver. Elle a été exposée aux Légendes de Nice, l'un des concours d'élégance les plus prestigieux de la Côte d'Azur. Elle a rejoint, le temps d'une exposition, la collection du Prince de Monaco, l'une des collections privées les plus célèbres du monde. Et elle a fait étape à La collection Botanique, à l'occasion de l'anniversaire de l'artiste TayC, dans un contexte où art contemporain, culture pop et amour de l'automobile se croisent naturellement.

Chaque étape dit quelque chose de différent sur ce qu'est cet objet. Dans un concours d'élégance, elle interroge les codes de la beauté automobile. Dans la collection du Prince, elle dialogue avec des pièces d'exception. Dans un événement culturel urbain, elle rappelle ses origines, la rue, la couleur, l'énergie. La "Dimk'Art" n'appartient pas à un seul monde. C'est précisément ce qui la rend libre.

 

Dimka et Rétromobile : rendez-vous pris pour la prochaine œuvre

 

En quittant le stand, François Allain lance l'invitation : « Venez l'année prochaine avec une nouvelle œuvre. » La réponse fuse : « Ça roule. » Demain, peut-être une Bugatti. Ou une BMW. Ou une moto. « On s'intéresse à tout », dit Dimitri. Ce qui les intéresse, c'est l'objet qui a une histoire, une âme, une présence. Le reste est affaire de rencontre, de feeling, d'un coup de téléphone passé au bon moment.

La "Dimk'Art" a été suivie tout au long de sa transformation sur les réseaux de Rétromobile : de la Bentley défraîchie dénichée par un père à la voiture d'art présentée sous les projecteurs du salon, chaque étape du projet a été partagée avec une communauté qui a pu en vivre la gestation en temps réel. C'est aussi ça, la nouvelle génération que la voiture de collection a besoin d'attirer : des passionnés qui créent, qui racontent, qui transmettent autrement, mais qui transmettent quand même.

 

Retrouvez la Bentley "Dimk'Art" et bien d'autres véhicules d'exception dans le podcast « Un véhicule, Une histoire » de Rétromobile. Pour ne manquer aucun épisode, rendez-vous sur le site de Rétromobile et sur toutes les plateformes de streaming.