Loin d'être unique, l'histoire de l'automobile est plurielle et regroupe en réalité une multitude de récits qui unissent passionnés et véhicules d'exception ! Pour mettre en valeur ces histoires hors du commun, Rétromobile vous propose « Un véhicule, une histoire », une série vidéo donnant la parole aux passionnés de tous bords. Au programme de cet épisode : une Autobianchi A112 Abarth absolument unique en son genre, présentée à Rétromobile 2026 par Arnaud Vidal, fondateur de Futur Classics.
Publié le 20 juillet 2026 à 12:35 | Modifié le 20 juillet 2026 à 2:07
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Autobianchi A112 : la petite populaire que tout le monde croyait connaître 

Il y a des voitures que l'on croit connaître par cœur. L'Autobianchi A112 est de celles-là. Née à la toute fin des années 60, produite jusqu'au milieu des années 80, cette petite italienne a traversé les décennies avec la bonhomie tranquille des voitures populaires qui n'ont rien à prouver. Agile, vive, taillée pour les centres-villes et les ruelles pavées, elle a su conquérir une clientèle fidèle bien au-delà des frontières de la Péninsule. Et dans sa version Abarth, elle devenait même une vraie petite bombinette : 70 chevaux pour 700 kilogrammes à peine, de quoi s'amuser franchement sans se ruiner.

Sauf que l'exemplaire qu'Arnaud Vidal, fondateur de Futur Classics, présente à Rétromobile 2026 n'a absolument rien d'une A112 ordinaire. En apparence, rien ne la trahit. Même ligne compacte, même discrétion de façade. Mais à y regarder de plus près, quelque chose cloche. Les vitres, notamment, ont une épaisseur inhabituelle. Et la voiture accuse un embonpoint difficile à expliquer pour un modèle supposé peser 700 kilogrammes. « On se demande pourquoi », lâche Arnaud Vidal avec un sourire entendu, avant de livrer la réponse : cette A112 est blindée.

Autobianchi A112 Abarth : une voiture de parrain, faite pour passer inaperçue

 

L'histoire de cette A112 commence à Naples, dans les années 70, au sein d'un monde où la prudence n'est pas une option mais une condition de survie. Son premier propriétaire est un parrain de la Camorra. Un homme qui a les moyens de s'offrir une grosse cylindrée, une berline représentative, une Mercedes confortable. Mais qui choisit délibérément le contraire : une petite voiture de ville, discrète, sans aucune prétention statutaire. La logique est implacable. « Je voulais passer plus inaperçu, » lui a-t-il expliqué directement, comme le rapporte Arnaud Vidal. Et dans les rues de Naples, quand on voulait s'échapper parce qu'on était poursuivi, les policiers avaient tous des Alfa. Ils ne passaient pas dans les petites rues. Avec celle-ci, tu passes dans une petite rue et t'es rentré. »

La voiture est donc achetée neuve, puis aussitôt confiée à des préparateurs italiens spécialisés dans ce type de modifications, rodés à un art dont ils ont malheureusement l'habitude. Le résultat : plus de 300 kilogrammes de blindage intégré à la caisse, au plancher, aux portières et à l'ensemble du vitrage, pour un poids total qui dépasse largement la tonne. La préparation a coûté plus cher que le prix d'achat de la voiture neuve.

 

Autobianchi A112 blindée : le niveau B6, celui des Kalashnikov

 

Pour comprendre ce que représente ce blindage, il faut savoir que les protections balistiques des véhicules sont classées selon une échelle allant de B0 à B10. B0, c'est le premier niveau de résistance : il arrête un couteau. B10, c'est la voiture du chef d'État : elle résiste à une bombe. Cette A112, elle, est certifiée B6. C'est-à-dire qu'elle résiste aux tirs de Kalashnikov. Un niveau de protection que l'on retrouve habituellement sur des berlines gouvernementales ou des SUV diplomatiques imposants, jamais sur une citadine italienne de moins de quatre mètres.

Les vitres épaisses, visibles dès lors que l'on sait quoi chercher, ne sont qu'une partie de l'équipement. À l'arrière, deux extincteurs ont été intégrés au compartiment, reliés depuis le poste de conduite à six buses de projection : quatre positionnées sur les pneus, deux sur la baie moteur. En cas de mitraillage et d'incendie consécutif, le conducteur pouvait actionner le système depuis son siège, éteindre les flammes, et reprendre la fuite. Chaque détail avait été pensé, réfléchi, anticipé. Ce n'est pas une voiture bricolée. C'est une voiture de combat déguisée en voiture du dimanche.

Les freins, en revanche, constituaient le maillon faible de l'ensemble. 300 kilogrammes supplémentaires sur un châssis conçu pour en porter 700, ce n'est pas anodin. Les préparateurs napolitains avaient fait ce qu'ils pouvaient : remplacer les freins d'origine par des freins de Panda, plus solides. « Ça nous fait un peu rigoler, mais pour eux, c'était déjà bien », concède Arnaud Vidal avec le recul amusé de celui qui a eu la chance de conduire l'engin. À la conduite, le moteur s'en sort. Ce sont les freins qu'il faut anticiper.

 

Autobianchi A112 : l'unique, ou presque

 

Pendant cinq ans, Arnaud Vidal a été convaincu de posséder la seule Autobianchi A112 blindée au monde. Puis, à force d'en parler autour de lui, une information est remontée d'Italie : il en existerait une seconde, celle-là appartenue non pas à un parrain, mais à un juge sicilien. Les deux côtés de la barrière, pour la même petite voiture. Une coïncidence qui en dit long sur l'époque et sur la nature particulière de ce conflit qui a durablement marqué l'histoire de l'Italie contemporaine.

Deux exemplaires dans le monde entier, donc, pour ce qui est sans doute la modification la plus improbable jamais réalisée sur une citadine de série. « C'est vraiment un véhicule, une histoire », résume Arnaud Vidal. La formule est modeste. Elle est surtout exacte.

 

Une histoire qui se vend, mais pas à n'importe qui

 

Sur le stand de Futur Classics à Rétromobile 2026, l'A112 blindée a attiré les curieux par dizaines. Les passionnés se sont arrêtés, ont regardé, ont posé des questions. Certains ont manifesté leur intérêt. Et quelques-uns, apprenant l'existence du blindage, ont posé la question qui fait sourire Arnaud Vidal à chaque fois : « Est-ce que vous pouvez retirer le blindage ? » La réponse est non. Non, parce que retirer 300 kilogrammes d'acier balistique intégré à la structure d'une voiture est techniquement impensable sans détruire ce qui fait son intérêt. Et non, surtout, parce que le blindage, c'est toute l'histoire.

Celui qui finira par acquérir cet exemplaire n'achètera pas une Autobianchi A112. Il achètera un fragment de l'histoire de Naples, de la Camorra, de l'Italie des années 70, condensé dans 12 000 kilomètres et une carrosserie que rien, ou presque, ne distingue de la série. « Celui qui la prendra, c'est pour l'histoire », confirme Arnaud Vidal. Le prix est affiché à deux fois celui d'une Abarth standard du marché. Pour un objet absolument unique, la logique est indiscutable.

 

Retrouvez l'Autobianchi A112 et bien d'autres véhicules d'exception dans le podcast « Un véhicule, Une histoire » de Rétromobile. Pour ne manquer aucun épisode, rendez-vous sur le site de Rétromobile et sur toutes les plateformes de streaming.