Ferrari 550 Maranello : la GT qui célèbre ses 30 ans
Il y a des voitures que l'on achète. Et il y a des voitures qui vous choisissent. La Ferrari 550 Maranello de Jérôme Malamud appartient résolument à la seconde catégorie. Rouge, longue, plantée sur ses quatre roues avec cette autorité tranquille qui caractérise les grandes GT de la firme de Maranello, elle trônait à Rétromobile 2026 sur le stand du magazine Youngtimers, au cœur d'une rétrospective dédiée aux voitures nées il y a trente ans. Un anniversaire qui n'a rien d'anodin : la 550 Maranello, présentée en 1996, incarne le retour fracassant de Ferrari à la propulsion arrière après des années de moteur central. Un choix de puriste, salué immédiatement par la critique et par les collectionneurs. Trente ans plus tard, elle est devenue l'une des youngtimers Ferrari les plus recherchées du marché.
Mais pour Jérôme Malamud, les chiffres et les performances ne sont pas le cœur du sujet. Ce qu'il est venu raconter à Rétromobile, c'est autre chose. C'est l'histoire d'un père, d'un fils, et d'une voiture qui a traversé les joies et les épreuves d'une vie commune.
Ferrari 550 Maranello : le cadeau de retraite d'un Porschiste convaincu
L'histoire commence, comme souvent, par une passion ancienne. Le père de Jérôme est un Porschiste convaincu, fidèle à Stuttgart pendant de nombreuses années. Mais au fond de lui, il porte un souvenir intact, lumineux, presque obsédant : celui d'une Ferrari 400 Super America conduite à la fin des années 60. Le V12, la souplesse, la musique. « Il m'en parlait toujours, c'était un souvenir ému », raconte Jérôme Malamud. Pendant des décennies, cette parenthèse italienne est restée en suspens, comme une promesse non tenue.
Puis vient la retraite. Et avec elle, l'occasion rêvée. « Un jour, je lui ai dit : écoute, papa, viens, on y va, c'est le jour. » Direction le concessionnaire Charles Pozzi, temple parisien de la marque au cheval cabré. La 550 Maranello était là, rouge, qui les attendait. Jérôme est le premier à admettre qu'il a « un petit peu poussé » son père. Mais c'est la voiture elle-même qui a tranché : une alchimie immédiate, une évidence partagée. Le père s'est offert son cadeau de retraite. Le fils s'est découvert un complice.
Ferrari 550 Maranello : les routes du Perche et la maréchaussée
Dès lors, la 550 Maranello devient le fil conducteur d'une relation père-fils déjà solide, mais que la voiture va densifier encore. Sorties régulières, balades en campagne, week-ends de circuit : « Auparavant, lui il avait ses voitures, moi j'avais les miennes. Avec celle-ci, il y a un lien spécial qui s'est noué. »
Ce lien, Jérôme Malamud l'illustre avec une anecdote qui en dit long sur la complicité des deux hommes. Sur une petite route du Perche, une voiture se colle derrière eux, à quelques centimètres de pare-chocs, pendant des kilomètres. « Au bout de quelques kilomètres, c'était vraiment insupportable. Donc, j'ai un petit peu accéléré. » Le problème, c'est qu'une Ferrari 550 Maranello et l'idée d' « accélérer un petit peu » sont deux concepts difficilement conciliables. La maréchaussée, positionnée un kilomètre plus loin, arrête les deux véhicules. Jérôme explique la situation. Le gendarme les regarde, comprend, et les laisse repartir sans mot dire. Avant de se retourner vers la conductrice de la voiture bleue : « Alors madame, vous voulez faire la course ? Ça va vous coûter cher. » Père et fils sont repartis en silence, unis dans le même fou rire.
Ferrari 550 Maranello : passage de relais
Les années passent. La 550 Maranello continue de rouler, accumulant les kilomètres avec la sérénité d'une voiture bien entretenue et régulièrement utilisée : 65 000 kilomètres au compteur en 2012, 118 000 aujourd'hui. Mais la vie, parfois, impose ses propres rythmes. Le père de Jérôme a progressivement eu du mal à conduire la voiture. C'est Jérôme qui a pris le relais au volant, qui s'en est occupé, qui a veillé sur elle. « Ça restait toujours la façon, pour lui, de se sentir vivant », confie-t-il, la voix posée mais les mots chargés. La Ferrari n'était plus seulement une voiture. Elle était un lien physique avec ce que la vie avait encore à offrir.
Le père de Jérôme est décédé il y a trois ans. Au moment de la succession, la question de la 550 Maranello ne s'est pas vraiment posée entre Jérôme et sa sœur. « C'est un membre de la famille », dit-il simplement. « Donc, on la garde. » Trois mots. La logique la plus évidente du monde.
Ferrari 550 Maranello : une youngtimer qui se conduit, et qui doit rouler
Propriétaire à part entière depuis lors, Jérôme Malamud a une philosophie claire sur la façon dont on doit vivre avec une voiture comme celle-ci : elle doit rouler. Régulièrement, au moins une fois par mois. La période durant laquelle la famille ne l'avait pas assez sollicitée a laissé des traces : les pompes à essence ont souffert, les joints ont durci. « Une voiture, qu'elle soit ancienne ou pas, mais notamment les voitures anciennes, il faut les faire rouler. Même un petit peu, mais régulièrement. » confirme Francois Allain.
Au quotidien, la 550 Maranello se révèle plus accessible qu'on ne pourrait le craindre. Une fois chaude, l'embrayage et la boîte se manient avec une relative douceur. C'est une vraie GT, confortable, dotée d'un vrai coffre, pensée pour avaler les kilomètres avec élégance plutôt que pour martyriser les pneus sur circuit. Ses 4,60 mètres de longueur et ses deux mètres de large imposent simplement une certaine attention dans les situations serrées. « Elle est gentille, elle est douce, elle est prévenante », résume Jérôme avec l'affection de celui qui connaît sa monture par cœur.
Le palmarès des sorties est éloquent : Bagatelle, des rassemblements à cinq ou dix voitures, Rétromobile 2026. Et, en 2025, un moment particulièrement fort : les Hunaudières. Le grand circuit des 24 Heures du Mans, ouvert une à deux fois par an seulement en raison des routes nationales qu'il emprunte, a accueilli la 550 Maranello lors d'une parade qui s'est terminée à 230 km/h en compagnie d'une GT40. « Je suis en train de rouler dans les Hunaudières avec ma voiture personnelle », dit-il. Certains instants n'ont tout simplement pas de prix.
Ferrari 550 Maranello : une histoire de famille appelée à durer
Jérôme Malamud a trois enfants. Ils commencent tout juste à passer le permis. L'intérêt pour les voitures arrive progressivement, doucement, comme il est venu pour lui autrefois. « Il faut toujours les biberonner un petit peu. J'essaie », dit-il avec le sourire patient de celui qui sait que la passion ne se force pas, elle se transmet.
Son souhait est simple, et vertigineux à la fois : que le passage de relais s'opère une deuxième fois. Que la 550 Maranello, achetée par un père à la retraite pour renouer avec un souvenir vieux de trente ans, continue de traverser les générations. « Quand on voit dans des ventes ou dans des salons comme Rétromobile des voitures qui sont restées 60 ans, 80 ans dans la même famille, il y a un côté épatant », observe-t-il. C'est exactement cette logique-là qu'il porte. Une voiture, une histoire, une famille. Et peut-être, dans quelques décennies, une histoire encore plus longue à raconter.
Retrouvez la Ferrari 550 Maranello et bien d'autres véhicules d'exception dans le podcast « Un véhicule, Une histoire » de Rétromobile. Pour ne manquer aucun épisode, rendez-vous sur le site de Rétromobile et sur toutes les plateformes de streaming.
